Forum Parallèle de la Société Civile – Une Rencontre Extraordinaire
Par Kirk Wolcott
Je viens de rentrer de Sanaa, au Yémen, et ce que j’y ai vu était vraiment extraordinaire.
Le quatrième Forum Annuel Parallèle de la Société Civile, qui précède l’événement multinational Forum pour le Futur prévu pour le début de l’année prochaine, n’a pas seulement réuni prés de 300 activistes représentants la société civile de chacun des pays arabes ainsi que d’autres pays voisins, mais le niveau et la portée discussions se sont avérés vraiment surprenants et exaltants.
Déjà dans les salons de l’hôtel, les participants pouvaient parler librement de sujets aussi controversés que la liberté d’expression ou l’amélioration du cadre légal régissant les organisations non gouvernementales.
Lors des six ateliers thématiques, les participants ont eu l’occasion d’exprimer leurs points de vue sur des sujets sensibles tels le renforcement du rôle des jeunes dans les processus politiques et l’octroi des pleins droits aux femmes.
Dans le hall de l’hôtel, les participants pouvaient aussi débattre sans aucune gêne de la nécessité d’entamer des changements radicaux dans leurs systèmes éducatifs, les marchés de l’empli et les secteurs privés.
Tant témoin de tous ces échanges en tant qu’observateur international, je ne pouvais m’empêcher de penser que de tels propos et débats n’auraient pas pu être possible dans une telle enceinte il y a dix ans, peut être même cinq !
Lors des trois précédents Forums pour le Futur – organisés respectivement au Maroc en 2004, au Bahreïn en 2005 et en Jordanie en 2006 – les gouvernements arabes sont passés de la phase du refus catégorique d’autoriser la participation de la société civile à leurs débats, jusqu’à permettre à ses représentants de prendre place à leur table. Toutefois, ces acquis ont été largement gaspillés l’an dernier à la Mer Morte, quand les acteurs de la Société Civile ont passé le clair de leur temps à se plaindre de la situation de la société civile arabe ou à remettre sur la table des positions déjà connues sur des sujets politiques, au lieu de concevoir des stratégies concrètes et efficaces pour demander des compter à leurs gouvernements sur des promesses non tenues.
Cela n’a pas été le cas à Sanaa. Car cette fois, les organisateurs de la conférence ont fait de sore à ce que les débats soient spécifiques, pratiques et professionnels. Les six ateliers thématiques ont généré des recommandations fort bien élaborées, qui seront présentées lors du prochain Forum pour le Futur par 24 acteurs de la société civile –dont six de « l’Amicale de MEPI » - élus par l’assemblée générale.
Le vrai défi sera de transformer ces paroles en actions. Comme l’a indiqué un des participants « Nos gouvernements adorent faire des promesses rarement tenues. Prenons l’exemple de la liberté d’expression : aucune des recommandations faites à l’issu du troisième Forum pour le Futur n’a été adoptée, bien plus, la situation dans la plupart de nos pays s’est même détériorée depuis lors ».
C’est pour cette raison que les participants ont redoublé d’efforts à Sanaa. Ils ont présenté le « Rapport sur l’Etat de la Démocratie dans les Pays du Moyen Orient », qui élabore avec détails là où les gouvernements n’ont pas su tenir leurs engagements. Ils ont conçu une stratégie pour suivre les actions des gouvernements et pour dénoncer publiquement ceux qui repoussent indéfiniment la mise en œuvre de leurs promesses. Ils ont également élaboré un plan spécifique destiné aux organisations de la société civile, dans un effort d’entretenir l’enthousiasme généré au Yémen.
Maintenant, c’est au tour des officiels représentants les gouvernements au Forum pour le Futur de soutenir cette dynamique en prenant à leur compte les requêtes émises par la société civile.
Kirk Wolcott, Directeur Adjoint du Bureau Régional de MEPI à Tunis, a participé aux conférences du Forum pour le Futur organisées au Bahreïn et en Jordanie.