La Démocratie, doit-elle être promue ou Non ?
Francis Fukuyama et Michael McFaul
Ce document fait partie de la série publiée par la Stanley Foundation's "Bridging the Foreign Policy Divide".
Juin 2007
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Francis Fukuyama et Michael McFaul proposent un argument en faveur des efforts US pour la promotion de la démocratie (et répondent à un nombre d’arguments souvent avancés), ainsi qu’à un plan pour renforcer les outils politiques mis en œuvre dans le cadre de ces efforts. Ils reconnaissent que la promotion de la démocratie doit faire l’équilibre avec les autres intérêts stratégiques conventionnels, mais ils « rejettent l’assomption qu’il y a juste un simple échange sans plus entre ces objectifs sécuritaires traditionnels et la promotion de la démocratie ». Les auteurs recommandent un concept de diplomatie à double voie pour la réalisation simultanée de ces objectifs, sans pour autant fermer l’œil sur toutes les formes de répression et d’abus de pouvoir. Fukuyama et McFaul appellent aussi à la création d’un département ministériel en charge du développement, avec des ressources et des programmes destinés à la promotion de la démocratie, et qui serait distinct des autres formes d’assistance économique, politique ou sécuritaire.
Aucun pays au monde n’a profité plus des avancées démocratiques que les Etats Unis d’Amérique. Toutes les autocraties n’ont pas été ou sont les ennemies des Etats Unis, mais chaque ennemi à l’Amérique a été une autocratie. La transformation de l’Allemagne, de l’Italie, et du Japon après le 2ème Guerre Mondiale a donné plus de sécurité aux Etats Unis. En effet, la consolidation démocratique de ces pays a servi de base aux alliance militaires des Etats Unis en Europe et en Asie. A la fin du 20ème siècle, le changement survenu en Union Soviétique a mis un terme à la guerre froide et a considérablement réduit la menace qui pesait alors sur les Etats Unis et ses alliés.
Les débats sur la démocratie ne doivent pas être limités à un bilan de profits et d’engagements matériels pour les Etats Unis. Les valeurs américaines doivent aussi faire partie de ces débats. Depuis le début de la république américaine, les Présidents américains ont toujours insisté sur le rôle moral et unique joué par les Etats Unis dans les affaires internationales ; la perte de cette identité affaiblira le soutien intérieur à l’implication des Etats Unis dans les affaires mondiales et ne manquera pas d’ébranler la capacité des Etats Unis à gagner le soutien d’autres pays.
Outre le fait de servir les intérêts stratégiques des Etats Unis, la promotion de la démocratie est aussi la bonne chose à faire. D’abord et surtout, la démocratie représente la meilleure forme de gouvernement. Les dirigeants qui doivent rivalises contre d’autres candidats pour gagner le soutien populaire et parvenir au pouvoir sont dans l’obligation de mieux répondre aux attentes de leur peuple. L’espace de la concurrence politique offre aussi le dynamo d’une meilleure gouvernance. La démocratie a au moins le mérite de proposer un mécanisme pour écarter les mauvais dirigeants, et en l’absence de concurrence politique, comme c’est le cas des autocraties, elle laisse la place à la complaisance et à la corruption, et anéantit les mécanismes d’émergence de nouveaux dirigeants. Deuxièmement, les démocraties offre plus de bien être et de stabilité aux peuples que toutes les autocraties. Troisièmement, la demande et la quête de démocratie comme système de gouvernement est très répandue sinon universelle. Les Etats Unis ont par conséquent in intérêt moral pour la promotion de la démocratie. Il est évident que les dirigeants américains font constamment face à des situations où les intérêts immédiats en matière de sécurité nécessitent une coopération avec des régimes autocratiques, mais ces politiques ne doivent pas être défendus sur des bases morales ou éthiques.
Même si les Etats Unis ont des intérêts stratégiques et moraux pour la propagation de la démocratie, cela n’implique pas nécessairement que les Etats Unis peuvent propager la démocratie. Ce sont des facteurs internes, et non externes, qui ont enclenché les processus de démocratisation dans la plupart des pays. Alors que les auteurs reconnaissent les limites des Etats Unis en matière de promotion de la démocratie à l’étranger –des limites qui se sont accentuées au cours des dernières années- ils pensent que la politique américaine est souvent cruciale pour stimuler le développement démocratique.
La guerre en Irak a renforcé la fausse impression que la force militaire est le seul instrument pour le changement de régime, alors qu’en fait il représente le moyen le plus rarement utilisé et le moins efficace pour promouvoir le changement démocratique à l’étranger. Une stratégie plus sage, plus efficace, et plus durable doit mettre en avant les outils non militaires, avec pour objectif le changement d’équilibre entre les forces démocratiques et les dirigeants autocratiques, et une fois le processus démocratique est mis en place, l’objectif sera de construire les institutions libérales.
La première étape pour pouvoir être efficace en matière de promotion de la démocratie à l’étranger est d’abord de mettre de l’ordre dans notre propre maison. Pour commencer, le coût politique de la crédibilité américaine est de loin supérieur à ce que peut rapporter le maintien indéfini des prisonniers de Guantanamo, et donc cette structure doit être fermée. Au lieu des essais légalistes prétendant que les Etats Unis ne s’engagent pas dans des actes de torture, un éventail plus large de techniques interdites devrait être défini d’une façon explicite et carrément prohibé (un point également discuté dans un autre article intitulé Colmater le Clivage de la Politique Etrangère, écrit par Kenneth Anderson et Elisa Massimino).
Il serai naïf de penser que les Etats Unis ne devraient travailler qu’avec d’autres démocraties. Toutefois, les politiciens américains peuvent entretenir des relations nécessaires avec des régimes autoritaires, tout en soutenant la promotion de la démocratie dans ces mêmes pays. Les responsables de la politique étrangère américaine doivent rejeter le faux lien entre la coopération et le silence sur les abus en matière de droit de l’homme à chaque fois les régimes autoritaires en font une condition préliminaire à tout engagement.
Peu de régimes autoritaires amis ont en effet arrêté de collaborer avec les Etats Unis sur des affaires d’intérêt commun suite aux critiques US concernant leurs pratiques anti-démocratiques. Les dirigeants américains ont un pouvoir certain sur des régimes amis pour les pousser à de changements positifs, particulièrement les pays qui dépendent de la protection militaire ou de l’assistance économique. Au lieu de les forcer, les leaders américains doivent insister sur le fait que ces dirigeants peuvent en fin de compte mieux protéger leurs intérêts matériels et sécuritaires en entamant un processus de changement positif et non d’y résister. Les responsables américains ont fait exactement cela, quant ils ont aidé à poussé leurs alliés en Corée du Sud, au Chili et en Afrique du Sud à adopter les changements démocratiques. Paradoxalement, la même logique d’engagement peut être appliquée pour la promotion de la démocratie au sein de dictatures hostiles aux Etats Unis ; les efforts pour isoler ou sanctionner de tels régimes ont rarement abouti.
Les récents débats sur la façon avec laquelle le Gouvernement Américain est organisé pour promouvoir l’assistance en matière de démocratie ont été utiles, mais les idées de réformes n’ont pas été à ce jour assez ambitieuses. Toute stratégie pour une promotion plus efficace de la démocratie doit engager de bien plus grandes ressources ainsi qu’une réorganisation totale des bureaux et des agences du Gouvernement chargés de l’assistance en matière de démocratie. Un nouveau département de développement international doit être créé, et qui soit dirigé par un membre du Gouvernement. Touts les ressources allouées à l’assistance étrangère actuellement gérées par une pléiade d’agences et de départements –à l’exception de la formation et de l’assistance militaire- doivent être transférées à ce nouveau département.