Le « jeune cabinet fantôme » libanais s’illustre
Au moment où Sami Haddad, ministre du commerce et de l’économie du Liban, lançait une nouvelle campagne de protection des consommateurs durant un événement public organisé à Beyrouth, deux yeux dans la salle le scrutaient et l’observaient d’une manière assez particulière.
Et il n’est pas le seul à être épié de cette manière. Ces jours-ci, chaque ministre libanais est « observé » par un étudiant compatriote, agissant comme un fantôme, et contrôlant chacune de ses décisions. Ces étudiants forment le « jeune cabinet fantôme », qui constitue le cœur d’un projet libanais, financé pour sa deuxième année consécutive par l’initiative de partenariat avec le moyen orient (MEPI).
Créé par la fondation Nahar Ashabab, le jeune cabinet fantôme permet aux étudiants d’exercer la démocratie et de la voir fonctionner, tout en promouvant la bonne gouvernance et la transparence publique. Les membres du cabinet fantôme (« Shadow Government » en anglais), appelés «porte-paroles » ou «critiques » suivent les développements politiques, discutent des choix alternatifs aux décisions réelles prises par les ministres, et expliquent la procédure non seulement à la communauté des étudiants mais aussi au public en général, et ce à travers un supplément hebdomadaire au journal Nahar Ashabab, publié par le très populaire An-Nahar, journal dédié à la jeunesse.
L’association Nahar Ashabab a été créée après l’assassinat en décembre 2005 du responsable du journal An-Nahar, Gebran Tueni, membre du parlement et un des leaders libanais de « la révolution du cèdre ». A l’époque, Tueni avait déjà envisagé de créer un cabinet fantôme, en commençant à imaginer les grandes lignes de ce projet. Sa fille Nayla, avec d’autres membres de sa famille, ont ainsi pris la décision de concrétiser cette idée, en hommage à leur regretté Gebran, et pour soutenir la jeunesse libanaise dans sa volonté de réforme.
Pour cela, des efforts ont été déployés afin que ce cabinet fantôme agisse comme un vrai gouvernement. Des réunions hebdomadaires sont organisées au siège d’An-Nahar. Ces réunions comprennent des sessions présidées par un des « critiques » des ministres agissant en tant que chef du cabinet fantome. A la fin de chaque réunion, un comité composé de trois « ministres critiques » et d’un secrétaire général esquissent des décisions parallèles, qui seront publiées sur les pages d’An-Nahar ainsi que sur d’autres médias libanais.
En plus de ces réunions, le jeune cabinet fantôme participe à des formations sur des sujets tels que : la qualité de direction, le travail d’équipe, les stratégies de communication, et la compréhension des institutions politiques. Les « ministres critiques » ont aussi la possibilité de rencontrer leur réel vis-à-vis, les vrais ministres du gouvernement libanais. C’est ainsi que certains de ces ministres ont même accepté d’adopter des projets discutés durant les réunions du cabinet fantôme.
Le projet du ministre Haddad sur la protection des consommateurs a d’ailleurs été lancé avec le jeune cabinet fantôme. Les membres de ce dernier ont été formés pour sensibiliser les consommateurs par rapport à leurs droits et pour pouvoir jouer un rôle en matière d’administration publique. « Le ministère cherche à impliquer encore plus ces jeunes membres du cabinet fantôme qui ont reçu cette formation et les faire participer directement au sein de l’unité de protection des consommateurs » a déclaré le ministre Sami Haddad lors de son discours de lancement de la campagne.
Par ailleurs, le «critique » du ministre de l’éducation a travaillé avec un réseau d’organisations non-gouvernementales pour aider à organiser des sessions d’information et de prise de conscience au sujet des drogues, de la violence et de la discrimination dans les écoles libanaises.
Le 25 janvier 2008, les membres du jeune cabinet fantôme ont fait une déclaration ministérielle, avant celle du parlement libanais, et en présence de membres du parlement. Un des « ministres critiques » a lu la déclaration qui appelait pour un état libre, indépendant et souverain, donnant lieu à un débat avec l’audience présente à cette déclaration.
Durant cet événement, qui a été couvert par la télévision libanaise et un bon nombre d’organes de presse de premier ordre, un membre du parlement a souhaité que les recommandations du jeune cabinet fantôme soient soumises aux différents comités du parlement libanais pour qu’elles soient officiellement discutées.