Liberté de Presse en 2007 : Une année de déclin global
En prélude de la journée mondiale pour la liberté de presse, le 3 mai 2008, Freedom House a rendu public son analyse de la situation de la presse pour l’année 2008, à travers laquelle les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA) se retrouvent dans les basses positions des classements de la liberté de la presse. Dans ce rapport, un seul pays de la région est qualifié de « libre », trois pays sont considérés comme « partiellement libre », alors que 15 pays (79% de la région) sont classés comme « Pas libre ».
Le score moyen de la région a tout de même connu une légère amélioration, et c’est d’ailleurs la seule région au monde dont le score a suivi une telle tendance positive, puisqu’au niveau mondial, toutes les autres régions connaissent un net déclin. L’amélioration de la région du MENA s’explique par un mouvement positif de longue date, amorcé par les chaines satellitaires arabes et les réseaux des médias basés sur internet, comme les blogs et les réseaux sociaux, lesquels se présentent comme une source d’information alternative. Dans certains pays de la région, les médias imprimés deviennent plus critiques que d’habitude, depuis que les journalistes repoussent les frontières de ce qui est acceptable, même quand ils font face aux harcèlements et autres représailles des autorités gouvernementales.
Cependant, les média de la région demeurent placés sous la contrainte des législations restrictives et des environnements dans lesquels règnent les lois contre la diffamation et la calomnie, les insultes des monarchies et des personnages publics. De même, les situations d’urgences auxquelles fait face la région constituent une véritable entrave à l’exercice libre du journalisme. La Libye, La Tunisie, La Syrie, L’Iran, l’Arabie Saoudite et les Territoires Palestiniens constituent un groupe de pays qui présentent depuis longtemps des inquiétudes en matière de liberté de presse. Même si l’Irak demeure de loin le pays le plus dangereux pour les journalistes, il est à noter que la réduction des détentions des reporters, et des employés des média en général, par les forces Irakiennes ou Américaines a contribué à la légère amélioration de la liberté de la presse en 2007.
En plus de cette amélioration au niveau régional, il est à noter qu’un changement positif a été enregistré dans des pays importants de la région. L’Egypte, en effet, a vu son score passer de 62 à 59 points, passant du statut de « pas libre » à « partiellement libre ». Les journalistes de ce pays ont progressivement dépassé les « lignes rouges » qui restreignaient leur travail. Ces journalistes ont aussi pu suivre une tendance qui s’est dessiné au sein des réseaux d’information panarabe, les media informels et la blogosphère. Il est important de noter que ce changement s’est produit en dépit d’une continuité, sinon d’une augmentation de la répression et des emprisonnements des journalistes durant 2007.
D’autres pays ont connu des améliorations durant cette année 2007, comme le Liban qui enregistre une progression de 4 point, pour atteindre le score de 55 dans un classement qui le place en meilleur position que l’année précédant, et ce grâce à la diminution de la violence contre les journalistes et une baisse de garde de la part du gouvernement résultant en une baisse de la censure dans les médias. Le Koweït, avec son score de 54, suite à une augmentation de 2 points, paye le résultat du licenciement de six journalistes de la presse quotidienne de langue arabe, premier acte du genre depuis 30 ans. Ces fluctuations créent une certaine diversité au sein des médias de la région.
Une amélioration marginale pourra être notée au sein de deux pays réputés pour leur environnement restrictifs pour les journalistes : la Tunisie et la Libye. La Tunisie améliore son score, de 83 à 81, grâce au lancement d’un nouveau syndicat des journalistes, et plus de présence des chaines tunisiennes sur les satellites, et ce malgré une persécution des journalistes critiques de manière continue de la part des autorités. La Libye passe de 96 à 94 grâce au déblocage de certains sites internet de la part du gouvernement, lequel accepte encore plus de présence de la télévision libyenne sur les satellites.
Certains facteurs transnationaux conduisent donc à des améliorations dans plusieurs pays. Cependant, le niveau de la liberté de la presse dans la plupart des pays de la région MENA continue à être préoccupant à cause d’un cadre législatif contraignant, et des efforts déployés par les autorités pour limiter les critiques, et ce à travers le harcèlement physique des journalistes.
Le Maroc a connu quant à lui un déclin en 2007, de 62 il passe à 64, résultat du harcèlement légal qui a conduit à fermer deux publications importantes du pays : Le Journal Hebdomadaire et le magazine TelQuel, et ce suite à la publication d’articles critiquant le gouvernement. En Jordanie (de 61 à 63), les agences de sécurité ont été les premiers responsables des harcèlements contre les journaliste, alors que le gouvernement s’est interféré pour bloquer le lancement d’ATV, la première chaine de télévision privée du pays.
NOTE : L’enquête de Freedom House ne focalise pas uniquement sur la région du MENA, elle analyse la liberté de la presse dans le monde entier. Par exemple, le rapport de Freedom House stipule que « même si les USA continuent à être un des pays les plus performants en matière de liberté de presse, il y a des problèmes incessants au niveau de la sphère légale, en particulier quand les autorités ont poussé les journalistes à dévoiler leurs sources d’information, ou encore à fournir un accès à leur recherche et autre matériel confidentiel, et ce en cors d’investigation criminelles. En 2007, le score des USA (17) a baissé d’un point, résultat d’une augmentation sensible au niveau des attaques physiques contre la presse, y compris un assassinat et plusieurs cas d’intimidation ».
Pour plus de détails et plus d’informations sur tous les pays, ou pour avoir de plus amples explications concernant la méthodologie de l’enquête de Freedom House, prière de visiter le site internet suivant : www.freedomhouse.org.