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MEPI et Promotion de la Démocratie : Qu'avons nous appris ?

Propos de Peter F. Mulrean, Directeur, Bureau Régional du MEPI lors de la 7ième Conférence Annuelle du Centre d'Etudes sur l'Islam et la Démocratie, Washington, D.C. – le 6 Mai 2006

C'est un grand honneur, pour moi, d'être parmi un groupe si distingué d'orateurs et de participants. Je suis d'autant plus enchanté de pouvoir prendre la parole au cours d'une telle manifestation que je connais le Centre d'Etudes (CSID) et Radwan Masmoudi depuis 4 ans, et j'ai un grand respect pour le travail qu'ils font et pour les sujets importants et compliqués qu'ils traitent, comme nous avons tous pu le constater lors des discussion de ces deux derniers jours.

C'est une bonne occasion également de marquer un arrêt et d'examiner attentivement la promotion de la Démocratie par les Etats Unis dans le Monde Arabe à travers l'Initiative de Partenariat au Moyen Orient ou MEPI, trois ans après son lancement.

J'ai de bonnes nouvelles et de vieux ragots sur l'encouragement de la Démocratie dans le Monde Arabe. Commençons par les vieux ragots – et ce n'est pas facile. C'est pas facile pour ceux parmi nous qui soutiennent les efforts de réforme démocratique, en partie parce que cela représente une nouvelle approche pour la région ayant requis des réajustements sur la manière de promouvoir nos relations dans cette région.

Cela est particulièrement difficile pour les peuples appartenant au Monde Arabe qui essaient de provoquer des réformes. L'environnement dans lequel ils opèrent est généralement difficile, il n'existe pas de traditions établies en matière de démocratie ni d'institutions pour la soutenir, et beaucoup de questions restent sans réponse sur le meilleur moyen pour les pays et les sociétés de s'adapter, au mieux, à la démocratie.
Maintenant passons aux Bonnes Nouvelles : les choses sont entrain de changer et  plusieurs développements positifs ont vu le jour. Un nombre croissant de personnes, à travers la région, reconnaissent le besoin pour une forme quelconque de démocratie, leur permettant de décider de leur sort. Un nombre de plus en plus grand d'individus courageux passent à l'acte et exigent que leur voix soient entendues. En même temps, un consensus de plus en plus important se dégage parmi la Communauté Internationale sur le besoin de soutenir d'une manière plus visible et mieux entendue, la réforme démocratique dans le Monde Arabe.

La décision des Etats Unis de créer le MEPI était basée sur la ré -évaluation en 2001-2002, des risques et des opportunités dans le Monde Arabe. Nous sommes arrivés à la conclusion que le statut quo constaté dans la plupart des pays du Monde Arabe était, à long terme, insupportable. Nous connaissons tous les déclarations lugubres et graves contenues dans les Rapports de Développement Humain Arabe de 2002 jusqu'à 2004. Les auteurs y ont souligné l'absence de liberté, le manque de connaissances et la restriction des droits des femmes comme les facteurs clés empêchant le monde Arabe d'exploiter au maximum son potentiel.

Et nous savons bien que les systèmes politiques qui ne peuvent pas être à la hauteur des aspirations de leurs peuples se fragilisent et finissent par s'effondrer. Les systèmes caractérisés par une absence de choix politiques, de transparence, d'emplois et de libertés individuelles sont des incubateurs pour le mécontentement et l'extrémisme. Et dans notre monde d'aujourd'hui, caractérisé par la globalisation, les actions des extrémistes n'importe où dans le monde, ont un impact, direct ou indirect, sur nous tous.

Mais, dans notre évaluation, nous avons également admis l'existence d'une opportunité, qui semble évidente de nos jours, mais qui a longtemps été ignorée. Les peuples formant le Monde Arabe aspirent à la liberté et à de meilleures opportunités, comme tout un chacun, et on constate l'émergence, parmi eux, d'une communauté grandissante de réformateurs. Si on doit, encore une fois, enfoncer des portes ouvertes, on dira que pour réussir, la démocratie doit absolument être bâtie au niveau local et elle doit refléter les caractéristiques spécifiques de la région. Seulement, le monde extérieur peut et doit soutenir ceux qui cherchent à changer leurs systèmes par des moyens démocratiques.
Nous avons conclu, sur la base de cette analyse, que la politique des Etats Unis envers le Monde Arabe – qui était basée essentiellement sur le maintien du statut quo – devait changer. Comme l'a dit le Président Bush "les soixante années passées par les nations occidentales à excuser et à s'accommoder de l'absence de liberté dans le Moyen Orient n'ont rien fait pour notre sécurité – parce que, à la longue, la stabilité ne peut être achetée aux dépens  de la liberté… il serait imprudent d'accepter le statut quo".

Les Etats Unis ont donc initié une approche à deux pistes, la première piste, diplomatique, consiste à inciter les gouvernements de la région à entreprendre des démarches authentiques menant à une gouvernance démocratique. La deuxième piste tourne autour d'un programme d'action : accorder un soutien pratique à des individus et des groupes essayant de réformer leurs pays et de construire un avenir meilleur. Cette deuxième piste a mené à la création du MEPI.

Lancé en Décembre 2002, le MEPI a été créé au sein du Département d'Etat pour nous permettre d'étayer l'objectif global de notre politique étrangère visant à soutenir la démocratie dans le Monde Arabe par des appuis palpables aux réformateurs démocrates de la région. C'est une démonstration concrète du fait que notre nouvelle approche du Monde Arabe n'est pas uniquement de la rhétorique, ni qu'elle se limite aux tractations avec les gouvernements. Elle cible plutôt de vraies personnes, pour produire un réel changement sur le terrain. En d'autres termes, le MEPI n'est pas uniquement un programme d'assistance de plus avec des objectifs de développement à long terme, mais également un outil de la politique étrangère, faisant partie intégrante de notre approche en matière de politique étrangère, aspirant à répondre, en temps réel et avec rapidité et flexibilité, aux opportunités offertes.

Comme pour toute nouvelle approche, nous avions besoin de faire des réajustements internes. Du côté diplomatique, cela signifie qu'il fallait ajouter des sujets concernant la réforme sur nos ordres du jour bilatéraux, en leur donnant une place de choix sur de tels ordres du jour lors de nos discussions avec les gouvernements de la région. Du côté du programme, le fait d'intégrer le MEPI dans notre approche a exigé que nous développions, au niveau du Département d'Etat, de nouvelles structures, de nouvelles compétences et de nouvelles habitudes. Les experts politiques devaient apprendre comment intégrer les activités d'assistance dans leur paysage global et vice versa. Les Ambassades ont du développer un plus grand nombre de contacts et avoir un plus grand nombre de partenaires parmi la société civile, le monde des affaires et d'autres réformateurs potentiels dans la région.

Maintenant, soyons honnêtes, le Département d'Etat a beau avoir une multitude d'employés brillants et engagés, il n'en demeure pas moins que c'est une bureaucratie, et les bureaucraties ne sont pas connues pour leur faculté de s'adapter rapidement aux changements. C'est ce qui s'est pourtant passé, nous avons créé, en trois ans, un système qui fonctionne : Nous avons :

  • Un bureau du MEPI à Washington, avec son personnel au complet, composé d'un mélange judicieux d'experts en politique et en programmation
  • Deux Bureaux Régionaux, avec du personnel Américain et local pour superviser la mise en œuvre du programme, et ce qui est le plus important, pour s'engager sur le terrain à la recherche de nouveaux contacts et de nouvelles opportunités et pour garantir la coordination entre le côté politique et les programmes , et
  • Un réseau stratégique à travers des stratégies démocratiques spécifiques au pays, coordonnées au niveau de toutes les agences gouvernementales, sur lequel nous basons toutes nos tactiques qu'elles soient diplomatiques ou relatives à la programmation.

Ce que je viens de décrire est l'essence de ce que la Secrétaire d'Etat Condoleeza Rice appelle "la diplomatie évolutive". Au cours des trois dernières années, le Département d'Etat s'est donné de nouveaux outils pour s'engager dans la diplomatie évolutive dans le Monde Arabe. Mais en nous confrontant à nos propres défis internes, nous nous sommes simplement préparés à commencer à faire face aux défis extraordinaires visant à promouvoir la réforme démocratique sur le terrain.

Au cours des dernières trente six heures, des gens beaucoup mieux informés que moi ont parlé des défis auxquels les réformes démocratiques doivent faire face dans le Monde Arabe, je vais donc me limiter à passer en revue quelques uns des défis les plus importants du point de vue d'une personne qui essaie de soutenir les réformateurs.

  • Les Gouvernements : tandis que tous les gouvernements ont déclaré leur engagement, de principe, pour initier des réformes politiques, en réalité, le niveau de leur engagement réel oscille entre la sincérité et l'hostilité.
  • Les Activistes Démocrates : à quelques exceptions près, dans la région, les organisations appartenant à la société civile et les partis politiques modérés ont tendance à être faibles, désorganisés et rassemblés autour de fortes personnalités individuelles, dépourvus de constitutions bien développées. Plusieurs gouvernements utilisent également des procédures administratives ou ont recours à l'intimidation et à d'autres moyens pour qu'ils ne surmontent pas un tel état de faiblesse.
  • L'information : la liberté d'expression et l'accès à l'information sont cruciaux pour le développement de la démocratie. Dans presque tous les pays, les gouvernements exercent un certain contrôle sur les média et sur d'autres formes d'information. Certains gouvernements exercent un contrôle virtuellement absolu.
  • L'extrémisme : il ne s'agit pas uniquement de gouvernements profitant de l'absence d'un flux d'informations libres. Les groupes extrémistes utilisent des moyens simples et sophistiqués pour répandre de fausses informations sur la situation dans leur pays et pour discréditer ou intimider les individus et les groupes qui soutiennent la réforme démocratique.
  • Notre image : nous ne pouvons nier le fait que l'image actuelle des Etats Unis dans le Monde Arabe peut également être un obstacle pour la recherche de partenariats avec des groupes et des individus, en vue de la promotion du changement démocratique. Je reviendrais tout à l'heure sur ce point.

Tout ceci m'amène à la question qu'on m'a proposé de développer dans mon discours. Quelles sont les réalisations du MEPI au cours des trois années de promotion de la réforme et qu'avons nous appris  ? Depuis Décembre 2002, le MEPI a dépensé 293 millions de $ et a développé plus de 350 projets, dont la majorité était destinée à des acteurs non gouvernementaux et dont un nombre croissant a été octroyé sous forme de financement direct à des organisations indigènes. Laissez moi vous donner quelques exemples :

  • L'année dernière, le MEPI a répondu à des appels de réformateurs au Liban et en Egypte qui voulaient que leurs voix soient entendues en ce qui concerne l'avenir de leurs pays, par le moyen d'élections démocratiques. Dans les deux cas, nous avons soutenu des efforts gigantesques en matière d'observation des élections et d'éducation des votants, ce qui a amené les peuples de ces deux pays à avoir accès à de réelles informations sur la gestion de leurs élections – qu'elles soit bonne ou mauvaise.
  • Le MEPI vient d'accepter de soutenir le lancement d'un nouveau réseau de proéminentes organisations non gouvernementales arabes destinées à former davantage des activistes démocrates à travers la région.
  • Nous sommes en train d'accroître sensiblement notre soutien aux média indépendants, en assurant des formations et de l'expertise tant en ce qui concerne le journalisme professionnel que les techniques modernes de management qui renforceront l'indépendance des média.

Les programmes du MEPI soutiennent les femmes dans leur efforts pour plus de démocratie, pour une législation plus favorable, pour plus de droits et pour un pouvoir économique accru. L'un des programmes a créé le Réseau Légal des Femmes Arabes, association regroupant plus de 100 femmes avocates et juges venant de 16 pays.
Le réseau permet à ces femmes d'échanger leurs expériences et des informations, de promouvoir les femmes en tant que décideurs, d'assurer des  cycles de formation professionnelle et d'encadrement et d'aider à garantir des droits égaux pour les femmes conformément à la loi.

De jeunes gens montrent leur enthousiasme pour un changement dans le Monde Arabe et les Etats Unis investissent dans leur espoirs pour un avenir meilleur. Le soutien du MEPI a permis la formation de plus de 3000 instituteurs en éducation civique touchant 65000 élèves dans 500 écoles de neuf pays. Le résultat ce sont des programmes comme "Project Citizen" (Projet Citoyen) qui aide les jeunes gens à influer sur la politique de la vie publique tout en renforçant les valeurs démocratiques.

L'un des ajustements que nous avons fait en ce qui concerne l'approche du MEPI au cours des dix huit derniers mois, a été de dépasser nos ONG Américaines partenaires – qui fournissent un travail inestimable – et de nous engager directement auprès des groupes indigènes de réformateurs à travers la région et de les soutenir. Nous voulions être à l'écoute de leurs besoins et de leurs priorités et soutenir les activités de leurs projets. Nos bureaux régionaux ont défriché le terrain en travaillant avec nos ambassades pour élargir notre réseau de contacts et pour les inciter à accepter

Notre soutien pour le travail important qu'ils accomplissent. Lorsque j'ai effectué ma première série de visites à travers la région, après l'ouverture du Bureau Régional en Août 2004, la plupart des réformateurs m'ont accueilli avec scepticisme, lorsqu'ils ont bien voulu me rencontrer. Ils ont donné plusieurs raisons différentes à leur scepticisme : certains pensaient que les Etats Unis n'étaient pas sincères en ce qui concerne les réformes, d'autres n'aimaient pas certaines politiques US, d'autres encore avaient peur d'être salis ou mis en danger par le fait d'être étroitement liés aux Américains.

Ceci était l'une des raisons essentielles pour lesquelles nous avons créé les bureaux régionaux du MEPI – pour avoir des gens sur le terrain, pour essayer de relever, au jour le jour, les défis rencontrés. Le seul moyen que je connaisse pour affronter un tel scepticisme c'est l'engagement et la persévérance.  Nous nous sommes donc accrochés, en nous engageons auprès de ceux qui voulaient bien qu'on s'engage auprès d'eux, un par un. Avec le temps, le nombre de réformateurs disposés à s'engager avec nous a considérablement augmenté.

Je crois que ceci s'explique essentiellement par le fait qu'ils sont arrivés à la conclusion que les Etats Unis étaient vraiment sincères dans leur engagement pour la promotion de la démocratie. Lorsqu'ils ont vu nos déclarations politiques clairement affichées, aux plus hauts niveaux, associées à un soutien concret aux réformateurs sur le terrain, leur scepticisme a faibli. Ce n'est pas qu'ils sont à présent d'accord avec tout ce que nous faisons, mais ils ont réalisé qu'entre eux et nous, il y avait un intérêt commun de promouvoir le changement démocratique. La preuve clairement établie de cette évolution est le nombre de groupes qui nous ont évité auparavant et qui reviennent maintenant vers nous avec des idées de projets de réformes pour lesquels ils demandent le soutien du MEPI.

Je pense donc, en me basant sur ma propre expérience, que notre engagement constant a fini par porter ses fruits. Ne me comprenez pas de travers, nous avons encore un long chemin à faire avant de changer les mentalités de l'homme et de la femme de la rue, mais au moins avec les réformateurs à qui nous apportons notre soutien, le message passe. C'est le commencement de ce que j'espère être un cycle long et vertueux. Plus les réformateurs croiront en la sincérité de l'engagement des Etats Unis pour la démocratie, plus ils seront enclins à accepter notre soutien, et plus nous seront alors capables de démontrer notre engagement à travers des actions concrètes.

Il y a un mois, j'étais assis dans un vieux café au Caire avec plusieurs jeunes activistes démocrates et défenseurs des droits de l'homme, des personnes susceptibles de devenir les leaders de la "nouvelle génération". Nous avons passé des heures à parler des récents développements, des priorités immédiates et du rôle que la société civile, les partis politiques et d'autres pourraient jouer. Vous ne serez pas étonnés d'entendre que notre conversation du soir n'a pas apporté de solutions à tous les problèmes de la démocratie dans la région. Mais je vais vous dire une chose : j'ai été conforté dans mon idée que ce sont des Egyptiens talentueux et engagés qui sont prêts à travailler et à se sacrifier pour bâtir un avenir meilleur pour leur pays.

J'ai eu des expériences similaires à travers la région qui m'ont toutes convaincues que les Etats Unis peuvent apporter leur aide et que cela fait déjà la différence. Nous ne pourrons pas apporter LA solution – ça c'est le travail de mes copains du café. Mais nous pouvons les aider en étant à l'écoute de leurs besoins et de ce qu'ils pensent être bénéfique pour leurs pays. Nous pouvons les aider avec des moyens modestes, pratiques, à travers l'assistance, et nous pouvons les aider en maintenant la pression sur les gouvernements de la région pour qu'ils acceptent le changement démocratique.

Nous les aidons également, non seulement parce que c'est la bonne chose à faire, mais aussi parce que cela est essentiel. Si je reviens à la notion d'évaluation des risques et des opportunités avec laquelle j'ai commencé, aussi bien les Etats Unis que les peuples du Monde Arabe ont tout intérêt à se tenir côte à côte pour promouvoir les valeurs et les pratiques qui donneront le pouvoir aux hommes et aux femmes de cette région de prospérer – et de rendre leurs nations plus sures, plus pacifiques et plus florissantes. Nous tirerons tous profit de cet avenir.

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