Rompre les Chaines
Le Moyen Orient demeure la région où la répression contre les média est la plus intense.
Les conflits ont créé un environnement extrêmement dangereux pour les journalistes, résultant en un total de 65 personnels de média tués en Irak en 2007.
Cherchant à faire taire l’opinion modérée, les radicaux portent des attaques quotidiennes contre les journalistes. En même temps, les conflits et les batailles politiques internes sont devenus des indispensables écrans de fumée pour les gouvernements qu’ils utilisent pour lutter contre les journalistes et l’opinion. L’imposition de l’état d’urgence et les excuses sécuritaires, sont des alibis standards pour justifier l’emprisonnement des journalistes.
Dans une région affamée de paix, de stabilité et de développement démocratique, les éléments clés pour un changement sont une plus grande ouverture des gouvernements, un plus grand pluralisme politique et médiatique, et un plus grand engagement des citoyens, tout niveau confondu, dans l’espace de l’information publique. Le traitement médiatique des sujets politiques, sociaux, religieux ou économiques, dans un environnement tendu, nécessite un maniement sensible et attentif mais surtout pas des méthodes forcées pour réduire et faire taire le débat public.
La Haut Commissariat des Droits de l’Homme des Nations Unies, dans sa résolution 2003-42, a appelé tous les états pour « l’arrêt des emprisonnements et des condamnations des média, mesures considérées comme disproportionnées avec la gravité de l’offense et qui viole les lois internationales des doits de l’homme ».
En juillet 2007, la fédération des journalistes arabes (FAJ) a lancé au Maroc son observatoire de la liberté de la presse et des média pour observer l’état de la liberté de la presse et pour documenter les conditions sociales et professionnelles de l’exercice du métier de journaliste dans les pays arabes. La naissance de cet observatoire a été largement bien accueillie notamment par la fédération internationale de journalistes (FIJ) et la communauté internationale des média.
Malgré ces développements positifs, l’optimisme n’a pas duré. En février 2008, les gouvernements arabes ont convenu de s’accorder un contrôle d’état sur les diffusions satellitaires opérant à partir de leur territoire. Les gouvernements de la ligue arabe ont ainsi adopté une charte reflétant leurs lois répressives déjà existantes et utilisées contre les média et qui limitent le champ d’activité et la liberté d’expression des journalistes et permet leur persécution quand ils critiquent leur gouvernement. Le Qatar et le Liban sont les deux seuls pays arabes à avoir refusé de signer cette charte.
La campagne « Rompre les chaines » lance un appel urgent pour une décriminalisation générale des offenses de presse, et condamne les arrestations, les poursuites judiciaires disproportionnées, les kidnappings et les violences contre les média en tant qu’employeurs et employés. La campagne demande à arrêter l’emprisonnement comme étant une sanction radicale utilisée pour intimider les journalistes et faire taire les média indépendants.
Un rapport qui accompagne le lancement de cette campagne, liste les principaux obstacles légaux à l’exercice de la liberté d’expression dans le monde arabe et en Iran, et présente les cas des journalistes emprisonnés. Ces condamnations donnent un aperçu sur les conditions dans lesquelles les journalistes du monde arabe travaillent, et créent une atmosphère intolérable d’intimidation et de peur qui accompagne l’exercice du métier de journaliste dans la région.
La campagne « Rompre les Chaines » est une initiative de la FIJ et de ses affiliés dans le monde arabe et en Iran. Lancée en juin 2007, cette campagne n’est pas uniquement une occasion pour exposer les mauvaises lois et le système de gouvernance déplorable dans la région, elle aide à construire une solidarité entre gens de média. Main dans la main, les journalistes et leurs syndicats sont en train de bâtir une nouvelle et vigoureuse réalité pour le futur d’un journalisme éthique et indépendant. Un changement se produira nécessairement, mais il arrivera plus tôt et plus efficacement quand les journalistes et les professionnels des média se lèveront pour défendre leurs droits.
Aidan White
Secrétaire Général,
Fédération Internationale des Journalistes